Page 47 - vindefrance
P. 47
Vignoble de Bourgogne 5
Période moderne
En 1652, devant l'école de médecine, des médecins émettent une thèse relatant que « le vin de Beaune est la plus
saine comme la plus agréable des boissons » ; cette phrase marque le début de la bataille des vins qui oppose
Bourguignons et Champenois [32] . En 1693, le roi Louis XIV se vit prescrire par Guy-Crescent Fagon, son médecin
personnel, des vins de Bourgogne comme vin de régime [21] . Cette médication était censée espacer ses crises de
goutte. En outre, il déconseilla à son royal patient le champagne dont il affirmait qu'il le rendait goutteux. Cette
ordonnance provoqua un conflit pamphlétaire. Le 5 mai 1700, un jeune médecin, M. Le Pescheur, contre-attaqua
devant Messieurs de la Faculté de Reims en développant la thèse intitulée Sur la prééminence du goût et de la
salubrité du vin de Champagne sur le vin de Bourgogne. La réplique vint des frères H. et J. B. Salins, docteurs en
médecine à Dijon de par la Faculté d’Angers. Ils publièrent un mémoire pour la Défense du vin de Bourgogne contre
le vin de Champagne par la réfutation de ce qui a été avancé par l ’auteur de la thèse soutenue aux Écoles de
médecine de Reims le 5 mai 1700. Ils se firent répliquer, en 1739, par Jean François, un champenois qui, dans une
nouvelle thèse en forme de pamphlet, accusa les bourgognes de donner la goutte et la gravelle [33] .
Entre temps, en 1719, la plus ancienne Société de secours mutuels, dite
de « Saint-Vincent », avait vu le jour à Volnay [34] , lieu « où croit le
meilleur vin de Bourgogne »[35] . L'époque faste des ducs de Bourgogne
était terminée. Le titre n'était plus porté que par l'un des enfants du roi
ignorant tout de son duché. Aussi, en 1700, l'intendant Ferrand
rédigea-t-il un Mémoire pour l'instruction du duc de Bourgogne lui
indiquant que dans cette province les vins les meilleurs provenaient des
« vignobles [qui] approchent de Nuits et de Beaune ». Dans cette même
période, les premières maisons de commerce et les négociant-éleveurs
eurent pignon sur rue et, en 1720, le négociant Champy s'installa sur
e
place [36] . Au début du XVIII siècle, des négociants-éleveurs, venus
d'outre-Rhin, arrivèrent à leur tour sur Beaune. La riche bourgeoisie et
les parlementaires investirent également en Bourgogne, prenant en
charge les vignobles des abbayes et monastères en déclin. Les princes
du sang firent de même. En 1760, Louis François de Bourbon, prince
de Conti acquit un petit clos de l'abbaye de Saint-Vivant à
Vosne-Romanée [37] . Il se nommait « La Romanée ».
Le vignoble de la Romanée-Conti.
La Révolution, en 1789, le lui confisqua pour en faire un bien national.
Vendu à des bourgeois bourguignons, il fut renommé « Romanée-Conti ». Les vignobles confisqués à la noblesse et
au clergé et acquis par de riches commerçants et négociants virent dès lors la qualité de leurs vins s'améliorer. Le
morcellement de ces vignobles, dû essentiellement à la géologie, en fut une des causes principales. Un seul climat
produisait en effet un seul vin [38] .
Période contemporaine
e
XIX siècle
Sous l'ère napoléonienne, ce processus s'accéléra quand la législation réglementa la répartition du vignoble. La
propriété fut morcelée entre les différents héritiers d'un domaine, faisant en sorte que les parcelles de chaque
[4]
propriétaire devinrent de plus en plus petites . Le vin préféré de Napoléon était le Chambertin, cette prédilection
date probablement de l'époque où, jeune officier d'artillerie, il séjourna quelque temps en Côte d'Or, à Auxonne [39] .
Des ouvrages et travaux de cartes commencèrent alors à être édités, faisant suite à des études qui s'étaient déroulées
auparavant. Les plus connues furent celles de C. Arnoux, Dissertation sur la situation de la Bourgogne et des vins
qu'elle produit, publiée à Londres en 1720, et une Description du gouvernement de Bourgogne due au dénommé

