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Vignoble de Bourgogne 4
essentiel. En effet le vin de Beaune, dont le clos-vougeot, descendait par la voie fluviale Saône-Rhône plus
facilement vers le sud. Alors que pour atteindre Paris, il devait traverser la Côte en charroi jusqu’à Cravant pour
rejoindre l’Yonne [25] . Ce vin fut encore au cœur de la vie pontificale d'Avignon, en 1364, quand Urbain V menaça
d’excommunication Jean de Bussières, abbé de Cîteaux, s’il continuait à approvisionner en clos-vougeot ses
cardinaux réticents à rejoindre Rome. Mais peu après son couronnement, en décembre 1370, Grégoire XI, qui avait
reçu de la part du duc de Bourgogne trente-six queues de vin de Beaune, annula la menace d’excommunication et
autorisa, à nouveau, l’abbé de Cîteaux à approvisionner sa Cour en clos-vougeot. Incontinent, Jean de Bussières fit
parvenir à Avignon trente pièces de sa dernière vendange. Ce noble geste fut récompensé par la pourpre cardinalice.
Article connexe : Vins des papes d'Avignon.
Les ducs de Bourgogne et l'organisation de la production
C'est sous le règne des quatre ducs de Bourgogne (1342-1477) que furent édictés
les règles destinées à garantir un niveau qualitatif élevé. En l'an 1395, Philippe le
Hardi décida d’améliorer la qualité des vins et interdit la culture du « vil et
déloyal gamay » au profit du pinot noir dans ses terres. C'est un des premiers
décrets alimentaires au monde, précurseur des appellations d'origine contrôlée
(AOC) et introduit bien avant le Reinheitsgebot allemand définissant les
ingrédients autorisés dans le brassage de la bière en Allemagne. En 1416, Charles
e
VI fixa par un édit les limites de production du vin de Bourgogne [26] . Aux XIV et
e
XV siècles, la dynastie Valois des ducs de Bourgogne régna sur l’art et le goût
d'une grande partie de l’Europe. Philippe II de Bourgogne, dit « Philippe le Hardi
», reçut les Flandres par son mariage avec Marguerite III de Flandre. Il continuait Philippe II le Hardi.
ainsi une politique matrimoniale déjà esquissée par son prédécesseur Philippe de
Rouvre, politique que poursuivirent ses successeurs et qui constitua en quelques décennies l'État bourguignon.
En 1422, d'après les archives, les vendanges eurent lieu en Côte de Nuits au mois
d'août [27] . Si Jean sans Peur, Philippe III de Bourgogne (dit « Philippe le Bon ») et
Charles le Téméraire installèrent leur Cour à Anvers, Bruges, Bruxelles, Gand,
Liège ou Malines, ils ne négligèrent jamais leurs vignobles dont ils tirèrent
d'énormes profit tant économiques que politiques car tous leurs pairs
considéraient qu'en Bourgogne étaient « les meilleurs vins de la chrétienté »[28].
Nicolas Rolin, chancelier de Philippe le Bon, et son épouse Guigone de Salins
décidèrent de créer un hôpital pour les pauvres mais hésitèrent un moment sur le
lieu entre Autun et Beaune. Cette dernière ville fut choisie pour son passage
important et l'absence de grande fondation religieuse. C'est ainsi que le 4 août
1443 naquit sur le papier l'Hôtel-Dieu. Les Hospices devinrent rapidement
propriétaires d'un grand domaine viticole grâce à des dons (le premier en 1457,
de Jehan de Clomoux léguant 4 hectares à Pouilly-Fuissé [29] ) et des héritages de
Les toits polychromes des hospices riches seigneurs bourguignons à partir de 1471, vignobles qui sont restés dans
de Beaune.
leur patrimoine jusqu'à nos jours.
Article détaillé : Hospices de Beaune.
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Au cours du XV siècle, le commerce viticole du Duché de Bourgogne était en plein essor. De Chenôve, où étaient
situés les pressoirs des ducs, jusqu'à Rully et Mercurey, les vignes, de mieux en mieux cultivées, donnèrent des crus
de plus en plus recherchés. Ainsi, la Flandre et l'Angleterre les firent venir à grands frais [30] . En 1461, lors du sacre de
Louis XI, Philippe le Bon lui offrit 24 chariots de vins de Beaune et de Germolles [31] . En 1477, à la mort de Charles
le Téméraire, le vignoble de Bourgogne fut rattaché à la France, sous le règne de Louis XI.

