Page 18 - vindefrance
P. 18

Vignoble de Bordeaux                                                                                 4


             Richelieu (duc de Fronsac, puis maréchal de France et gouverneur de Guyenne), d'où le surnom donnée au bordeaux
             de « tisane du Maréchal » ou de « tisane à Richelieu » (on lui attribuait des vertus médicinales) et au nom du «
             Château Richelieu », domaine viticole acheté à Fronsac en 1532 par le cardinal.
                                                                                                   e
             Des négociants anglais, flamands, allemands, russes et irlandais s'installent à Bordeaux à partir du XVII  siècle (on
             retrouve  leurs  noms  dans  ceux  des  crus  actuels  :  Lynch-Bages  et  Lynch-Moussas,  Mouton  Rothschild  et  Lafite
             Rothschild,  Langoa  Barton  et  Léoville  Barton,  Boyd-Cantenac,  Prieuré-Lichine,  Kirwan,  Cantenac  Brown,  etc.),
             notamment hors de l'enceinte fortifiée dans ce qui devient le quartier des Chartrons qui se couvre d'entrepôts. Sous le
             règne de Louis XIV, le protestantisme est persécuté puis interdit (par l'édit de Fontainebleau de 1685) : les huguenots
             bordelais se réfugient à Rotterdam, Amsterdam et Hambourg, s'y installant comme négociants en vin. La mise en
             bouteille à la propriété commence à se pratiquer pour les meilleurs vins, d'où de gros besoin en verre : Pierre
             Mitchell fonde en 1723 la première verrerie bordelaise, utilisant du charbon anglais, standardisant les bouteilles sous
             la forme de ce qu'on appelle depuis la « bordelaise ». D'autres verreries s'ouvrent à Sainte-Foy-la-Grande en 1735 et
             à Libourne en 1750. En avril 1776, un édit de Turgot supprime tous les privilèges fiscaux relatifs au vin mais les
                                                                                             [5]
             négociants  et  le  parlement  de  Bordeaux  parviennent  à  faire  limiter  ce  «  privilège  de  Bordeaux  »   uniquement  à  la
             sénéchaussée, zone très réduite du département.


             Époque contemporaine
                    e
             Le  XIX   siècle  voit  l'enrichissement  des  propriétaires  et  des  négociants
             bordelais,  qui  investissent  en  plantant  encore  plus  de  vignes  et  en
             faisant construire des demeures appelés « châteaux » (avec parfois des
             tours fantaisies de style néorenaissance) sur leurs domaines, en plus du
             cuvier et du chai. Les progrès techniques permettent de laisser vieillir
                                                                               Le château La Louvière (appellation
             le vin sans qu'il se dégrade trop vite. En 1853, la ligne ferroviaire Paris
                                                                           pessac-léognan), une des demeures construites au
             - Bordeaux est inaugurée, permettant le transport en masse de vin vers   tout début du XIX  siècle, de style classique.
                                                                                        e
             la  capitale,  tandis  que  les  exportations  vers  l'Europe  du  Nord  (le
             Royaume-Uni, l'Allemagne et les Pays-Bas) et l'Amérique (l'Argentine
             et les États-Unis) augmentent. Il faut attendre le Second Empire pour
             que les  vins rouges de  Saint-Émilion et de de Pomerol  s'installent à
             leur  tour  aux  premiers  rangs  de  la  production  viticole  bordelaise,
             derrière les crus du  Médoc, des Graves  et du  Sauternais, dont
             79  domaines  sont  classés  en  1855  (58  produisent  du  rouge,  21  du
                              e
             blanc). Mais le XIX  siècle fut aussi le siècle de l'arrivée à Bordeaux
             de l'oïdium (en 1857), du phylloxéra (dès 1866, mais surtout de 1875 à
             1892)  et  du  mildiou  (en  1878),  qui  ravagent  le  vignoble.  C'est  à
             Bordeaux qu'on invente la fameuse « bouillie bordelaise » qui permet   Le château Pichon Longueville (appellation
             de lutter contre le mildiou : c'est un mélange d'eau, de sulfate de cuivre   pauillac), construit au milieu du XIX  siècle, de
                                                                                                   e
             et  de  chaux  qui  stoppe  les  ravages  de  cette  moisissure.  On  doit  cette   style Louis XIII.
             invention à Alexis Millardet et Ulysse Gayon.

             En 1901, est fondée l'Union syndicale des propriétaires des crus classés du Médoc, regroupant les représentants des
             négociants, des grands domaines comme des petits producteurs, dans le but de contrôler l'origine du vin pour lutter
                                                                                                       [6]
             contre  les  fraudes.  En  1911,  la  production  du  bordeaux  est  limitée  au  seul  département  de  la  Gironde ,  car
             auparavant les vins du Sud-Ouest étaient souvent vendus sous ce nom ou les vins coupés avec ceux de la vallée du
             Rhône, d'Algérie, d'Espagne ou de Sicile ; en 1932 un critique disait que « la production du vignoble bordelais est si
             importante [...] qu'elle suffit à assurer au moins le quart de ce qui s'en consomme ». 1935 voit la création du Comité

              national des appellations d'origine sur proposition du député de Gironde Joseph Capus[7 ] ; dès 1936, les 24 premières
               appellations d'origine sont définies. En 1948, l'État créé le Comité interprofessionnel des vins de Bordeaux (le
   13   14   15   16   17   18   19   20   21   22   23