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Vignoble de Bordeaux 2
La production du vignoble est variée : environ 80 % de vins rouges (comme le pomerol ou le pauillac) et 20 % de
vins blancs secs (tel que l'entre-deux-mers ou le pessac-léognan) ou liquoreux (par exemple le sauternes ou le
cadillac), auxquels s'ajoutent des rosés, des clairets, et des vins mousseux (le crémant de Bordeaux). L'existence de
38 appellations différentes au sein du vignoble s'explique par la diversité des terroirs, c'est-à-dire des types de sols,
des cépages cultivés, des pratiques de culture et de vinification.
Avec 117 200 hectares cultivés et une production de cinq à six millions d'hectolitres de vin par an, la Gironde est le
troisième département viticole français en termes de production globale après l'Hérault et l'Aude, mais le premier
pour les AOC en volume.
Historique
Antiquité
La vigne est présente dans la région de Bordeaux depuis l'Antiquité : les notables de Burdigala (nom de la cité de
Bordeaux, emporium au temps de l'Empire romain) auraient décidé de créer leur propre vignoble en raison du prix
élevé des vins en provenance de Narbonnaise et d'Italie, importés par les négociants romains, mais aussi pour
exporter eux-mêmes par voie de mer. Strabon, pourtant attentif aux vignes, ne constata pas leur présence sous le
er
règne d'Auguste au début du I siècle, quand il nomma Bordeaux « pour la première fois sous son nom antique de
Burdigala ».
La création d'un vignoble fut favorisée par la relative facilité de commercer avec la Bretagne (l'actuelle Angleterre)
[4]
et les régions de l'Europe du Nord. Le cépage biturica, nommé aussi biturigiaca , que Pline l'Ancien et Columelle
décrivent, aurait été adopté par les Bordelais en raison de sa bonne tenue sur les terroirs frais et humides des bords
du golfe de Gascogne (la supposition ne fait pas l'unanimité). Pline puis Columelle vont découvrir Burdigala et
parler de culture de la vigne. L'historien Roger Dion considère que ce biturica est à l'origine du cabernet franc, du
cabernet sauvignon ou de leur proche ancêtre.
Il est admis que le poète Ausone (Decimus Magnus Ausonius), consul à Burdigala sous les empereurs Valentinien Ier
e
et Gratien au IV siècle, aurait possédé une villa et des vignes à Saint-Émilion (d'où le nom du célèbre Château
Ausone). Le vignoble occupait alors probablement les terrains argilo-calcaires, puisque les terres de graves ne seront
drainées que beaucoup plus tard. Les documents manquent en ce qui concerne le sort du vignoble après
l'écroulement du monde romain.
Moyen Âge
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Au XII siècle, la Guyenne (correspondant approximativement à l'actuelle Aquitaine) devient un territoire du roi
d'Angleterre suite au remariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt, comte d'Anjou et roi d'Angleterre sous
le nom de Henri II. À cette époque, les rois d'Angleterre étaient d'origine française (normande et angevine) depuis
Guillaume de Normandie, le français était d'ailleurs la langue officielle de la Cour d'Angleterre. Le commerce
vinicole se développe dans la proche périphérie sud de la ville de Bordeaux, sur l'actuelle terre des graves ; le Médoc
n'est encore qu'une lande caillouteuse et marécageuse très pauvre.
e
Au XIII siècle, la prise de La Rochelle, port exportateur des vins bordelais, par le roi de France transforme
Bordeaux en port exportateur privilégié des vins à destination du marché anglais. Le roi d'Angleterre accorde alors
d'importants privilèges fiscaux aux négociants bordelais : ces derniers se mettent à planter de la vigne à tour de bras,
cependant nous n'avons aucune idée de la surface couverte en vignes soit en nombre de pieds soit en nombre
d'hectares. Le vignoble s'étend vers le Libournais. À l'époque, le vin, obtenu par fermentation d'un mélange de jus de
raisins noirs et de raisins blancs, était clair, d'où son nom de « claret » (perpétué aujourd'hui par le bordeaux-clairet),
par opposition au vin noir (black wine) du haut-pays (vins de Cahors, de Gaillac, de Bergerac...), très concentré en
tanins. Le « privilège bordelais » accordé aux producteurs locaux permettait de vendre en priorité les vins du cru,
avant l'arrivée des vins du haut-pays, bloqués jusqu'à la Toussaint ou Noël. Ce privilège était très important à une

