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Vignoble de Bordeaux 3
époque où le vin se conservait mal. Hugh Johnson mentionne : « Selon toute vraisemblance, ces vins étaient souvent
meilleurs et plus puissants que la plupart de ceux produits autour de Bordeaux. C'est pourquoi les Bordelais les
jalousaient et s'efforçaient de vendre en priorité leur propre production ».
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Au XIV siècle le nouveau pape Clément V, servait le vin de sa région de Graves, que ce soit dans sa résidence
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d'Avignon ou à Oxford. Ce n'est qu'à partir du XVI siècle qu'apparaissent des exploitations viticoles proches de
celles d'aujourd'hui, avec les pieds de vigne plantés en sillons. Le 29 juin 1451, Charles VII occupe Bordeaux qui est
reprise par l'Anglais John Talbot (le connétable anglais a donné son nom au château Talbot) en 1452, au grand
soulagement des négociants bordelais, tels les Montaigne, jaloux de leurs franchises accordées par les rois anglais. En
1453, suite à la bataille de Castillon, la ville redevient une possession française et la guerre de Cent Ans s'achève. Mais
la ville n’apprécie guère la tutelle du roi de France. Charles VII décide de faire de Bordeaux, restée assez anglophile,
une ville royale et le 9 octobre 1453 interdit le commerce du vin bordelais avec l’Angleterre, la ville perdant alors sa
prospérité.
Époque moderne
En 1599, Henri IV fait venir des techniciens des
Pays-Bas pour drainer les zones marécageuses du
royaume, afin d'accroitre la surface agricole. Ce
travail, réalisé à grande échelle dans le marais
poitevin, profite aussi au Médoc et aux zones
humides entourant Bordeaux (appelées « palus »).
Le financement de ces grands travaux n'étant pas
finalisé, des hommes d'affaires néerlandais
achètent à bas prix des terrains, à charge pour eux
de les mettre en valeur. Ils transforment aussi les
méthodes commerciales : ils diffusent en Europe
des boissons jusqu'ici inconnues telles que le Le port de Bordeaux, qui a permis l'exportation du vin.
Claude Joseph Vernet, Première vue du port de Bordeaux prise du côté
chocolat, le café ou le thé, ainsi que d'autres des Salinières, 1758, Musée national de la Marine.
boissons alcoolisées (bières fortes et gin). De plus,
les Hollandais encouragent la production de vins plus à leur goût comme des vins blancs doux (ils appréciaient ceux
produits autour de Sauternes, qui n'étaient alors pas encore des liquoreux) et des vins noirs (en fait, des vins rouges
tels que nous les connaissons aujourd'hui) non seulement dans le Bordelais, mais aussi à Cahors et au Portugal (les
premiers vins de Porto leur seraient dus). Ces nouvelles boissons concurrencent durement les clarets gascons, plus au
goût des Anglais.
La famille Pontac choisit alors une nouvelle voie pour produire son vin : la vigne est bien soignée, les vins rubis,
puissants et corsés sont aptes à une grande garde (grâce au soufrage, au soutirage et à l'ouillage) et élevés dans des
barriques neuves en chêne et vendus sous le nom de ces domaines (Haut-Brion à Pessac et Pontac à Saint-Estèphe).
Profitant d'une auberge qu'elle détient à Londres (Pontack's Head, « l'Enseigne de Pontac », sur Abchurch Lane dans
la City, véritable bar à vin avant la lettre, démolie en 1780), la famille Pontac fait connaître ses vins en Angleterre, les
vend elle-même en spécifiant son origine et serait la première créatrice d'un cru qui porte son nom, le Haut-Brion. Ils
sont si appréciés qu'ils finissent par se vendre plus cher que les clarets ordinaires. Les autres négociants et
bourgeois bordelais se mettent alors à les imiter, les affaires fleurissent et le vignoble s'étend largement, cette fois
vers les graves du Médoc et du Sauternais, ainsi que dans les régions de Blaye et Bourg (on parle d'une « fureur de
planter »). C'est à cette époque que les vignobles du Médoc sont créés. Les parlementaires sont parmi les grands
propriétaires, tel que Nicolas-Alexandre de Ségur (surnommé le « prince des vignes » par Louis XV, propriétaire de
Latour, Lafite, Mouton et Calon-Ségur) ou Montesquieu (propriétaire de La Brède, dans les graves) ; du même coup
naissent les crus bordelais, qui commencent à se faire connaître à Paris et Versailles, introduit à la Cour par le duc de

