Page 17 - vindefrance
P. 17

Vignoble de Bordeaux                                                                                 3


             époque où le vin se conservait mal. Hugh Johnson mentionne : « Selon toute vraisemblance, ces vins étaient souvent
             meilleurs  et  plus  puissants  que  la  plupart  de  ceux  produits  autour  de  Bordeaux.  C'est  pourquoi  les  Bordelais  les
             jalousaient et s'efforçaient de vendre en priorité leur propre production ».
                    e
             Au  XIV   siècle  le  nouveau  pape  Clément  V,  servait  le  vin  de  sa  région  de  Graves,  que  ce  soit  dans  sa  résidence
                                                         e
             d'Avignon  ou à Oxford.  Ce  n'est qu'à partir du XVI   siècle qu'apparaissent des  exploitations  viticoles  proches de
             celles d'aujourd'hui, avec les pieds de vigne plantés en sillons. Le 29 juin 1451, Charles VII occupe Bordeaux qui est
             reprise  par  l'Anglais  John  Talbot  (le  connétable  anglais  a  donné  son  nom  au  château  Talbot)  en  1452,  au  grand
             soulagement des négociants bordelais, tels les Montaigne, jaloux de leurs franchises accordées par les rois anglais. En
             1453, suite à la bataille de Castillon, la ville redevient une possession française et la guerre de Cent Ans s'achève. Mais
             la ville n’apprécie guère la tutelle du roi de France. Charles VII décide de faire de Bordeaux, restée assez anglophile,
             une ville royale et le 9 octobre 1453 interdit le commerce du vin bordelais avec l’Angleterre, la ville perdant alors sa
             prospérité.

             Époque moderne

             En  1599,  Henri  IV  fait  venir  des  techniciens  des
             Pays-Bas  pour  drainer  les  zones  marécageuses  du
             royaume,  afin  d'accroitre  la  surface  agricole.  Ce
             travail,  réalisé  à  grande  échelle  dans  le  marais
             poitevin,  profite  aussi  au  Médoc  et  aux  zones
             humides entourant Bordeaux  (appelées  « palus  »).
             Le  financement  de  ces  grands  travaux  n'étant  pas
             finalisé,  des  hommes  d'affaires  néerlandais
             achètent à bas prix des terrains, à charge pour eux
             de  les  mettre  en  valeur.  Ils  transforment  aussi  les
             méthodes  commerciales  :  ils  diffusent  en  Europe
             des  boissons  jusqu'ici  inconnues  telles  que  le   Le port de Bordeaux, qui a permis l'exportation du vin.
                                                            Claude Joseph Vernet, Première vue du port de Bordeaux prise du côté
             chocolat,  le  café  ou  le  thé,  ainsi  que  d'autres   des Salinières, 1758, Musée national de la Marine.
             boissons alcoolisées (bières fortes et gin). De plus,
             les Hollandais encouragent la production de vins plus à leur goût comme des vins blancs doux (ils appréciaient ceux
             produits autour de Sauternes, qui n'étaient alors pas encore des liquoreux) et des vins noirs (en fait, des vins rouges
             tels que nous les connaissons aujourd'hui) non seulement dans le Bordelais, mais aussi à Cahors et au Portugal (les
             premiers vins de Porto leur seraient dus). Ces nouvelles boissons concurrencent durement les clarets gascons, plus au
             goût des Anglais.

             La famille Pontac choisit alors une nouvelle voie pour produire son vin : la vigne est bien soignée, les vins rubis,
             puissants et corsés sont aptes à une grande garde (grâce au soufrage, au soutirage et à l'ouillage) et élevés dans des
             barriques neuves en chêne et vendus sous le nom de ces domaines (Haut-Brion à Pessac et Pontac à Saint-Estèphe).
             Profitant d'une auberge qu'elle détient à Londres (Pontack's Head, « l'Enseigne de Pontac », sur Abchurch Lane dans
             la City, véritable bar à vin avant la lettre, démolie en 1780), la famille Pontac fait connaître ses vins en Angleterre, les
             vend elle-même en spécifiant son origine et serait la première créatrice d'un cru qui porte son nom, le Haut-Brion. Ils
             sont  si  appréciés  qu'ils  finissent  par  se  vendre  plus  cher  que  les  clarets  ordinaires.  Les  autres  négociants  et
             bourgeois bordelais se mettent alors à les imiter, les affaires fleurissent et le vignoble s'étend largement, cette fois
             vers les graves du Médoc et du Sauternais, ainsi que dans les régions de Blaye et Bourg (on parle d'une « fureur de
             planter  »).  C'est  à  cette  époque  que  les  vignobles  du  Médoc  sont  créés.  Les  parlementaires  sont  parmi  les  grands
             propriétaires, tel que Nicolas-Alexandre de Ségur (surnommé le « prince des vignes » par Louis XV, propriétaire de
             Latour, Lafite, Mouton et Calon-Ségur) ou Montesquieu (propriétaire de La Brède, dans les graves) ; du même coup
             naissent les crus bordelais, qui commencent à se faire connaître à Paris et Versailles, introduit à la Cour par le duc de
   12   13   14   15   16   17   18   19   20   21   22