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Vignoble du Languedoc-Roussillon
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Période moderne
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Mais dès le début du XVI siècle, la culture de la vigne languedocienne étant devenue plus rentable que celle des
céréales, les coteaux et les terrasses devinrent insuffisants. Dès 1520, les vignobles de Frontignan, Mireval et
Vic-la-Gardiole redescendirent en plaine [17] . Thomas Platter[Lequel ?], étudiant la médecine à Montpellier, en 1595,
précise que parmi ces variétés de « vignes grimpantes », il vit à Vendargues, dans le jardin de son logeur Laurent
Catalan, des raisins blancs dont « les grains étaient gros et charnus comme des prunes [18] » et qui étaient appelés
panses musquées ou vinhas augibiquieras [19] . Ce sont ces variétés qui furent implantées à Frontignan, en 1592
d'après les mentions portées sur le registre de compoix [20] .
Pour tenter de redonner quelques qualités à ces raisins issus de vignes
arbustives, fut appliquée la technique de la passerille, décrite par les
auteurs de l'Antiquité, où les raisins séchaient grappes suspendues au
soleil. Olivier de Serres, en 1600, indique que ces raisins, des picardans
et des muscats, firent l'objet d'un commerce fructueux en particulier à
Gigean, Loupian, Mèze, Cournonterral et Montbazin. Ils étaient l'objet
d'une préparation spéciale. Après avoir trempé dans une lessive de
cendre de sarments, ils étaient enduits d'huile d'olive pour les adoucir
Séchage de grappes au soleil puis « mis à sécher au soleil, pendus à des perches ». Après deux à trois
jours, ils étaient alors « portés au grenier sur des claies ou tables bien
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propres et y séjournaient quatre à cinq jours »[21] . Au XVIII siècle,
Montpellier, où le Conseil de Ville n'hésitait pas à louer les murs des
remparts à cet usage, était « décorée d'une manière singulière quand on
y mettait à sécher le raisin que l'on avait suspendu à de grandes perches
et ces espèces de tapisseries ornaient le devant des maisons ».
La période moderne correspond à une extension très importante du
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vignoble languedocien. Dès la fin du XVII siècle, ce fut la « ruée vers
la garrigue », c'est-à-dire vers les communs et les vacants. Cette
frénésie de planter prit des proportions énormes après le terrible gel de
1709. Les jardins furent même utilisés [22] . Pierre Joseph Garidel,
docteur en médecine formé à Montpellier et professeur d'anatomie à
Aix-en-Provence, décrit en 1715 [23] , un cépage qu'il nomme le «
[24]
muscat de panse » qu'il a trouvé tant dans le vignoble provençal ou
languedocien mais aussi « dans les enclos autour des villes, dans des
endroits que l'on appelle vulgairement tones[25 ] ou treilles [26] ». Le
comte Alexandre-Pierre Odart, dans son Exposé des divers modes de
culture de la vigne, et des différents procédés de vinification dans
plusieurs des vignobles les plus renommés [27] , décrivit à son tour ce
Fête du centenaire de la société d'agriculture de muscat blanc conduit en taille longue qui a été identifié comme le
l'Hérault en 1899
muscat d'Alexandrie [28] .
Pendant ce temps, en plaine, les grands domaines appartenant à la
noblesse s'étaient orientés vers la viticulture extensive. Ce fut le cas à Candillargues sur les terres labourables
appartenant à la famille De La Croix, à Marsillargues avec le marquis de Calvisson. Il y eut surproduction. Et tous
ces petits vins issus de vignes arbustives prirent le chemin de la distillerie avec le soutien financier, en particulier,
des Bonnier de la Mosson, banquiers à Montpellier. Cet état de fait, organisé ou non, pris une toute autre proportion,
dès 1780, avec l'arrivée en Languedoc de l'aramon, cépage gros producteur qui mit « fin à bien des velléités de

