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Vignoble de la vallée du Rhône                                                                       4


             Moyen Âge
             En 611 est fondé le monastère de Prébayon, réservée aux moniales. La charte accordée par Artemius, évêque de
             Vaison, à l'abbesse Rusticule, de Saint-Césaire d'Arles et compagne de la reine Radegonde, mentionne la présence de
             vignes dans ses domaines. C'est la plus ancienne trace écrite d'un vignoble lié à une appellation 'Sablet) dans la
             région.
             À Saint-Péray, le vignoble est attesté depuis 936. Le Cartulaire de Saint-Chaffre mentionne la donation à cette
             abbaye d'une villa et de ses vignes sise sous le castrum de Crussol.
                       e
             Dès le XIV  siècle, installés à Avignon, les papes firent appel aux vignobles de proximité pour leurs besoins.
             Clément V s’installa au pied du Ventoux, à Malaucène, près de la fontaine du Groseau, où il fit planter le premier
                             [6]
             vignoble pontifical . Jean XXII, le deuxième pontife avignonnais, fit bâtir le château de Châteauneuf-du-Pape. Il
             avait amené avec lui à Avignon des banquiers et des vignerons de Cahors dans le but de renforcer les richesses de la
             papauté.  Les  Cadurciens  récupérèrent  à  Châteauneuf  d’anciennes  parcelles  laissées  par  les  templiers  chassés  par
             Philippe le Bel et plantèrent les premiers vignobles pontificaux. Au tout début, le vignoble de Châteauneuf ne fournit
             que quatre puis six tonneaux par an de vin papalin. Dès 1325 la production atteignit douze tonneaux. Trois ans plus
             tard  Jean  XXII  pouvait  partager  sa  récolte  avec  son  neveu  Jacques  de  Via,  le  cardinal-évêque  d’Avignon.  Les
                                                                                    [7]
             spécialistes  ont  calculé  que  le  vignoble  pontifical  devait  alors  couvrir  huit  hectares .  Ce  pape  fit  venir  son  vin
             nouveau  de  Tournon  (Hermitage),  des  Costières  (Saint-Gilles,  Nîmes,  Beaucaire  avec  son  cru  renommé  de
             Cante-Perdrix), de la Côte du Rhône (Roquemaure, Saint-Laurent-des-Arbres), du Comtat Venaissin (Carpentras),
             de l’État d’Avignon (Bédarrides) et de l’Enclave des Papes (Valréas). Son vin vieux provenait de Malaucène dont le
             vignoble fournissait chaque année sept saumées[8 ] de vin liquoreux.
             Benoît XII, son successeur, ancra encore plus radicalement la papauté en Avignon en décidant la construction du
             premier palais des papes dominé par la Tour du Trouillas (du pressoir). Homme austère et sévère, il garnit sa table
             uniquement des vins de la rive droite du Rhône.

             Ce fut sous le pontificat de Clément VI, en 1344, que le premier terroir connu de Châteauneuf-du-Pape fut répertorié.
             Il était dit Vieille Vigne (de nos jours Bois de la Vieille). Innocent VI apprécia fort le Châteauneuf autant blanc que
             rouge comme en témoigne les comptes de la Révérende Chambre Apostolique, au cours de son pontificat. Aux vins
             de ses prédécesseurs, il ajouta ceux de Pont-Saint-Esprit, Bellegarde, Rochefort-du-Gard, Villeneuve-lès-Avignon et
                                       [9]
             Tavel (Prieuré de Montézargues) .
             Urbain V donna une nouvelle impulsion au vignoble de Châteauneuf en ordonnant qu’y fut planté du raisin muscat.
             Ce qui n’empêcha point le pontife et sa Cour de découvrir et d’apprécier le vin d’Apt lors du concile qui s’y tint en
             juin 1365 [10] . De plus il donna une nouvelle impulsion au vignoble de Châteauneuf en ordonnant qu’y fut planté du
             raisin muscat.

             Afin de préparer son départ à Rome, il fit passer un accord avec Marco Cornaro, le Doge de Venise, pour le libre
                                                       [11]
             passage  des  vins  pontificaux  dans  les  ports  vénitiens .  Ce  qui  lui  permit,  lors  de  son  séjour  italien,  de  1367  à  1369,
             d’approvisionner la Cour romaine de vin de Saint-Gilles [12],[13] .

             Grégoire XI resta  fidèle aux  muscats de Beaumes-de-Venise,  Velorgues  et  Carpentras, dans  le  Comtat  Venaissin,
             continua à commander des vins d’Apt, de Saint-Gilles et de la Côte du Rhône (Laudun, Bagnols-sur-Cèze). Et lors de
             son retour à  Rome  Les  vins paraissent avoir tenu une grande place  et, à la  veille du départ, on s ’occupa tant
             d’assurer  le  service  de  la  bouteillerie  durant  le  voyage,  que  de  garnir,  en  prévision  de  l’arrivée,  les  caves  du
             Vatican [14] . Le retour de la papauté à Rome n’empêcha point les différents pontifes qui se succédèrent sur le trône de
             Saint-Pierre de conserver l’habitude de se fournir en vins de Provence et du Comtat Venaissin [15] .

             Article détaillé: Vins des papes d'Avignon.
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